Lutte variétale

Lutte variétale

La lutte variétale consiste à employer des variétés de plantes résistantes ou tolérantes aux pucerons.

L'absence de moyens curatifs contre les maladies virales que les pucerons transmettent aux cultures, a motivé la recherche de souches de résistance aux virus qui causent ces maladies ou aux pucerons qui sont leurs vecteurs.

Ainsi, des variétés commerciales de melon possèdent le gène VAT qui confère une résistance au puceron du melon et du cotonnier (Aphis gossypii), un ravageur de nombreuses familles de plantes cultivées.

Cependant, l'emploi sur une large échelle de variétés résistantes sélectionne des populations de pucerons aptes à se développer sur celles-ci. Des populations d'Aphis gossypii capables de se développer sur les variétés de melon résistantes ont ainsi été rapidement observées.

La lutte variétale vise à proposer aux agriculteurs des variétés résistantes ou tolérantes aux pucerons, éliminant ainsi le recours aux insecticides pour contrôler leur prolifération dans les cultures. Bien que le processus de création des premières variétés résistantes soit relativement long, une fois lancé, il s'avère fructueux. L'histoire de la lutte variétale contre Aphis gossypii attaquant notamment les cucurbitacées, permet d'illustrer ce processus et sa dynamique.

Lutte variétale 1

Des variétés de melon testées pour leur résistance aux pucerons (Crédit photo : Pascale Mistral INRAE)

Les premières recherches sur la résistance chez le melon remontent au milieu du XXe siècle et prennent de l'ampleur dans les années 1960-1970, avec des travaux menés par des équipes américaines et françaises. Une forte résistance est observée dans des génotypes de melon originaires d'Inde et de Corée. Les analyses génétiques révèlent qu'il s'agit d'une résistance à hérédité simple : un gène explique en grande partie le niveau de résistance. Deux programmes de sélection indépendants sont alors lancés pour transférer cette résistance dans les variétés de type Charentais en France et de type Western Shipper aux États-Unis. Margot devient la première variété de melon déclarée résistante en 1987, et inscrite au catalogue officiel français des variétés.

Melons charentais

Melons Charentais et Western shipper (Crédits photo : Normes internationales pour les fruits et légumes, Melons, OCDE 2014)

Cette inscription garantit aux agriculteurs que la résistance a été rigoureusement évaluée dans la variété, tout en suscitant l'introduction de la résistance par les entreprises privées dans les hybrides qu'elles commercialisent. En 2016, 110 nouvelles variétés de type Charentais avaient été déclarées résistantes aux pucerons lors de leur inscription au catalogue officiel des variétés. Le succès commercial de certaines de ces variétés a fait que près de 80 % des cultures de melon dans le sud-est de la France depuis 2000 sont considérées comme portant cette résistance, ce qui a permis une forte réduction de l'utilisation d'aphicides. L'utilisation de variétés résistantes s'est étendue aux autres zones de production françaises avec l'apparition d'hybrides adaptés à ces régions et inscrits au catalogue. Aujourd'hui, 100 % des variétés de melon Charentais proposées à l'inscription au catalogue sont déclarés résistants aux pucerons. Le succès de ces variétés a incité les entreprises privées à introduire la résistance aux pucerons dans d'autres types variétaux, notamment des variétés de types Galia, Canari, Piel de Sapo, Honey Dew cultivées en Espagne et en Italie par exemple. Ainsi, le déploiement des variétés résistantes s'est largement étendu.

Melon Piel de Sapo

Melons Piel de Sapo, Honey Dew, Piel de Sapo, Canari (Crédits photo : Normes internationales pour les fruits et légumes, Melons, OCDE 2014)

Cependant, l'utilisation à grande échelle de variétés résistantes risque de sélectionner des populations de pucerons capables de se développer sur celles-ci. De fait, des populations d'Aphis gossypii capables de se développer sur les variétés de melon résistantes ont ainsi été observées. En fait, la résistance est contrôlée par le gène Vat (voir La résistance des plantes aux pucerons pour réduire les épidémies de virus), qui confère un niveau de résistance variable selon les clones d’Aphis gossypii. La composition des populations de clones colonisant les cultures de melon a évolué depuis les années 2000. Une communication précoce de la recherche vers les créateurs de variétés a déclenché une prise de conscience et les a conduits à élargir le spectre d'action de la résistance dans certaines variétés proposées au catalogue : la création variétale a été très réactive. Les résistances proposées sont contrôlées par un système génétique complexe, elles réduisent moins drastiquement les populations de chaque clone mais sont efficaces dans les cultures. Il reste maintenant à faire évoluer les critères d'inscription de la résistance pour prendre pleinement en compte le spectre d'efficacité de celle-ci et prendre en compte les résistances à effet partiel. Ce processus est en cours dans le cadre d'un projet européen.

Voir aussi

Références

[Boissot N. et al. Vat, an amazing gene conferring resistance to aphids and viruses they carry: from molecular structure to field effects hal-01512038]

[Thomas S. et al. Insight into the durability of plant resistance to aphids from a demo-genetic study of Aphis gossypii in melon crops. hal-02633315]

Date de modification : 16 mai 2024 | Date de création : 25 mai 2011 | Rédaction : Nathalie Boissot (INRAE, UR GAFL)